Ateliers d'écriture
Défi j'écris tous les jours

Défi J’écris tous les jours – 5e jour – Ecriture créative et écriture thérapeutique

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Introduction

Présentation brève du défi : écrire tous les jours, et spécificité du 5e jour.

Pour ce 5e jour de défi, j’avais envie d’écrire à partir d’une phrase piochée au hasard dans un livre. J’ai attrapé « Le Voile Noir » de Anny Dupeyreyen pensant : « Tiens, un livre sur le deuil pour un défi d’écriture thérapeutique, c’est intéressant. » J’ai recopié la première phrase qui n’avait rien à voir avec le deuil. Tant pis, ce n’est pas grave, on verra ce qui en sort.

Le voile noir de Anny Dupeyrey

Poursuivre une phrase et produire un texte peut tout autant être une consigne d’atelier d’écriture créative ou thérapeutique. Qu’est-ce qui fait la différence ? Voyons les deux types d’écriture. Mais avant cela, je vous propose de découvrir mon texte et mon retour sur mon temps d’écriture.

Voici la phrase:

« Chez moi, au milieu de la maison, il y a une commode à trois tiroirs. »

L’idée était donc d’écrire un texte de 500 mots dont ce serait la première phrase. 

Mon texte

Chez moi, au milieu de la maison, il y a une commode à trois tiroirs. Il est interdit d’y toucher. Ils ont bien une serrure mais ils ne sont pas fermés à clé. Il n’y a d’ailleurs sans doute pas de clé dans la maison à cet usage. Le meuble est ancien. Aussi ancien que mon arrière-grand-mère qui déambule constamment dans la maison. Elle est très vieille mais toujours en mouvement. Il paraît même qu’elle est insomniaque.

Elle me fait un peu peur. Elle souffle toujours un petit mot méchant dans sa barbe. Elle passe, souffle. L’autre jour, elle m’a dit : « Fouille les tiroirs, tu iras en enfer. » Elle voit bien que je passe beaucoup de temps à regarder la commode.

Quand on vous interdit une chose, vous brûlez d’envie de la réaliser. En tout cas, c’est l’effet que ça me fait. C’est pour ça que je pénètre dans le bureau de papa dès que j’en ai l’occasion. L’ennui, c’est grand-mamie qui me regarde sans jamais ciller. Je crois qu’elle m’a cernée. La gentille petite fille qui fait des bêtises dès que l’on ne la regarde pas. J’ai comme deux personnalités, une fausse et une vraie. Bonne élève, fille dévouée, enfant sage et derrière tout cela, je rêve d’aventures excitantes et un peu fantasques. Je ne suis plus une enfant. Déjà presque une femme, « un petit bout de bonne femme », comme dit grand-mamie. 

Et un jour, quand ma surveillante chevronnée a été, comme chaque trimestre, à l’hôpital, j’ai fouillé. J’ai sorti des lettres et des lettres, des photos, des papiers administratifs, des factures. Après un tri rigoureux, j’ai compris peu à peu l’histoire. C’était la vie de grand-mamie qui était coffrée dans cette armoire. La vie d’une enfant adoptée, maltraitée, placée, déplacée, replacée. Les photos la montraient avec des adultes, puis d’autres, à l’orphelinat, en pension. C’était l’histoire d’une enfance. La mère de la mère de mon père avait bien souffert. Elle était devenue une femme froide, aigrie, « pince sans rire », comme disait maman. 

Dans la famille, tout le monde a des expressions pour tout. C’est usant à la fin. Ça vous colle une étiquette dont vous ne comprenez pas franchement la signification. Moi, je suis « la bravache ». Non mais franchement, qu’est-ce que ça veut dire ? J’ai regardé, bien sûr. Il semble que je me glorifie trop de mes succès. « Fausse modeste », dit papa quand j’essaie d’adopter une position inverse. Il a raison, je suis fausse. À force, je ne sais plus qui je suis et je deviens personne. Je me sens vide. Mais là, en regardant les photos, je sens que je suis dans la vérité. Je ne comprends pas pourquoi il était interdit d’y jeter un œil. Je parle aussi par expressions. Tic familial. Il faut bien venir de quelque part. Je suis née de l’abandon, celui de mon arrière-grand-mère, celui de ma mère qui ne pense qu’à la prochaine clinique qu’elle va essayer pour soigner sa dépression, celui de papa qui ne s’intéresse ni à mon frère ni à moi. En rangeant tous ces documents dans les tiroirs interdits, je prends une décision : être moi ; simplement être moi et emmerder les mécontents.

Olivia

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Analyse personnelle de l’expérience d’écriture

Partir d’une phrase tirée d’un livre, même sans un sens au premier abord très introspectif, permet de laisser émerger des parts de soi. Cette première phrase m’a emmené dans une histoire totalement inventée. Cependant des sujets qui me concernent ont émergé : la puissance du regard de l’autre, la tendance à s’y conformer, l’importance de l’histoire familiale dans notre construction. 

Il est intéressant de voir ce qui émerge dans un texte (presque) libre. Quels thèmes sont présents en nous, à la surface, prêts à advenir dès que l’occasion se présente. 

Il a été amusant d’écrire ce texte car j’en découvrais le propos au fur et à mesure de l’écriture. J’ai passé mon enfance à écrire des nouvelles sur ma rencontre avec une personne agée, qui , je pense représente pour moi à la fois la transmission et une sorte de guide. 

Je n’ai pas évoqué de souvenir réel mais j’ai vu la commode, les tiroirs et j’ai retrouvé des souvenirs de meuble anciens présents dans ma famille. 

Ecriture créative vs Ecriture thérapeutique

L’écriture est un voyage, une aventure à travers les mots où chaque tournure peut révéler un monde nouveau. Mais quand on parle d’écriture créative et d’écriture thérapeutique, on touche à deux facettes complémentaires de cette aventure.

L’écriture créative, c’est l’art de la narration, la beauté de la fiction, et la liberté de l’imagination. Elle nous invite à explorer des univers inconnus, à inventer des personnages, des histoires, à jouer avec les mots et à exprimer des émotions de manière artistique. Elle est un terrain de jeu pour l’esprit, où la seule limite est celle de notre créativité.

L’écriture thérapeutique, quant à elle, est une quête intérieure. C’est un outil puissant de connaissance de soi et de guérison. Elle permet de mettre des mots sur des maux, d’explorer nos pensées et nos sentiments les plus profonds, et de comprendre les motifs sous-jacents de nos comportements. Cette forme d’écriture peut être un refuge, un endroit sûr pour se libérer des poids émotionnels, pour se confesser, pour réfléchir et pour grandir.

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Dans le défi d’aujourd’hui, j’ai navigué entre ces deux mondes. La phrase initiale, tirée d’un livre, m’a offert une porte d’entrée dans l’univers de l’écriture créative. J’ai construit une histoire, développé des personnages, et créé un monde à partir de cette seule ligne. Mais, en creusant plus profondément, j’ai découvert des échos de ma propre vie, des réflexions sur des thèmes qui me sont chers comme l’histoire familiale, l’identité, et le poids du regard des autres.

Ce processus a révélé comment l’écriture créative et thérapeutique peuvent se mêler et s’entrelacer. L’écriture créative m’a donné l’espace pour exprimer librement des idées et des émotions, tandis que l’aspect thérapeutique m’a aidé à explorer et à comprendre ces émotions et pensées plus profondément. C’est dans cet espace partagé que l’écriture devient une exploration de soi et une forme d’art.

Ainsi, en écrivant, je me suis aperçue que ces deux aspects de l’écriture ne sont pas mutuellement exclusifs, mais plutôt complémentaires. Je l’avais déjà observé lors de ma participation ) des ateliers d’écriture créatifs où les textes des participants étaient très souvent autobiographique.

Chaque histoire, même entièrement fictive, peut offrir des aperçus de notre propre psyché, et chaque exploration personnelle peut nourrir notre créativité.

bureau pour écrire

Le mélange du vrai et du faux dans l’écriture

L’exercice d’aujourd’hui, démarré avec une simple phrase tirée au hasard d’un livre, m’a conduit à vérifier que même dans la fiction la plus éloignée de notre réalité personnelle, des fragments de vérité émergent.

Cette phrase, « Chez moi, au milieu de la maison, il y a une commode à trois tiroirs, » a servi de catalyseur pour débloquer des pensées et des sentiments profonds, mélangeant astucieusement le réel et l’imaginaire.

Dans mon texte, des thèmes tels que la curiosité, le poids de l’héritage familial, et la complexité de notre identité personnelle sont apparus spontanément. Ces thèmes, bien qu’intégrés dans un récit fictif, résonnent avec des aspects de ma propre expérience. Par exemple, l’interdit de fouiller dans la commode évoque le désir universel de découvrir des secrets cachés, une métaphore de notre quête de compréhension de nous-mêmes et de notre histoire.

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De plus, le personnage de l’arrière-grand-mère dans mon histoire, avec son passé douloureux et son influence sur la narratrice, reflète la manière dont notre passé familial peut façonner notre présent. Cela souligne l’importance de l’histoire familiale dans notre construction identitaire, un sujet fréquemment abordé dans la psychothérapie.

Ce mélange de vrai et de faux, de réalité et de fiction, est l’essence même de l’écriture créative thérapeutique.

Elle nous permet d’explorer des zones de notre conscience qui pourraient rester inaccessibles dans un cadre purement analytique. En écrivant, nous transcendons les frontières entre ce qui est réel et ce qui est imaginé, nous donnant ainsi la liberté d’explorer des aspects de notre psyché de manière indirecte, mais profondément significative.

Cet exercice d’écriture a été une démonstration éloquente de la façon dont une simple phrase peut ouvrir les portes d’une exploration personnelle riche et nuancée. Il montre comment, à travers l’acte d’écrire, nous pouvons découvrir et comprendre des facettes de notre propre être, souvent cachées sous les voiles de la fiction.

Conclusion

En refermant mon carnet après ce 5e jour de défi, je reste émerveillée par les découvertes que l’écriture continue de m’offrir. Cette expérience unique, démarrée avec une phrase choisie au hasard, m’a menée bien au-delà de la simple création d’une histoire. Elle a été une plongée introspective, mêlant réalité et la fiction, et un miroir reflétant des aspects cachés de mon être.

L’écriture ne se limite pas à raconter des histoires ; elle est un outil puissant d’exploration de soi. Chaque mot, chaque phrase peut être une clé ouvrant sur des chambres secrètes de notre esprit.

Dans cette aventure, j’ai vu comment l’écriture créative et l’écriture thérapeutique peuvent se compléter, se mêler, offrant un espace où la vérité personnelle peut s’exprimer, même à travers le voile de la fiction.

À vous, mes chers lecteurs, je lance ce même défi :

Prenez une phrase, n’importe laquelle, et laissez-là vous guider.

Vous serez peut-être surpris de découvrir où vos mots vous mèneront. L’écriture est un voyage, et chaque jour de ce défi est une nouvelle étape.

Que vous cherchiez à explorer votre créativité ou à comprendre quelque chose de plus profond sur vous-même, l‘écriture peut être votre boussole.

Appel à l’Action

Chers lecteurs et lectrices de « Psycho-Plume », l’heure est venue pour vous de prendre la plume !

Je vous invite à relever le défi : choisissez une phrase, au hasard ou non, et laissez-la être le point de départ de votre propre aventure créative. Que ce soit pour quelques lignes ou plusieurs pages, laissez-vous guider par l’énergie des mots.

Partagez avec nous vos expériences. Comment cette phrase a-t-elle influencé votre écriture ? Qu’avez-vous découvert sur vous-même ? Vos textes ont-ils révélé des pensées ou des sentiments cachés ? Toutes les réflexions, petites ou grandes, sont précieuses et méritent d’être partagées.

Vous pouvez poster vos écrits, vos commentaires, ou vos réflexions dans la section commentaires ci-dessous. Cette communauté est un espace de partage, d’encouragement et de bienveillance. Ensemble, explorons la puissance de l’écriture et découvrons où nos mots peuvent nous mener.

Osez l’aventure de l’écriture et partagez-la avec nous. Votre voix est unique et vos histoires méritent d’être entendues. À vos stylos, prêts, écrivez !

Psychologue et écrivain, je partage dans mon site des articles sur l'écriture thérapeutique.

8 commentaires

  • NORELLE SARA

    Merci de ce partage avec ce très beau texte. Beau défi aussi !
    J’apprécie vraiment l’analyse ensuite de ton texte.

  • Diane revillard

    Bonjour Olivia,
    Merci pour cet exercice.
    Naviguez entre l’imaginaire et le réel est toujours amusant.

    En fait, on peut même partir d’un souvenir d’enfance.
    Ma grand-mère avait un grand grenier avec de nombreux souvenirs et tous les petits-enfants se retrouvaient l’été dans cette maison…, Les déguisements, les rires, les mises en scène…
    Ces moments d’imagination restent des instants hors normes.

  • Charlotte

    Merci Olivia pour cet article. Cela me rappelle l’exercice d’écriture que j’ai fait lors de la réalisation de mon test de QI/QE. C’est un exercice qui fut légèrement troublant à l’énoncé, mais révélateur lorsque j’ai reçu le rapport d’analyse. Moi qui aime tenir un journal, je vais surement renouveler l’exercice et voir ce qui en sort.

    • Olivia

      Merci Charlotte, j’aime beaucoup dans le processus d’écriture la découverte de ce texte qui se crée à partir d’une consigne imposée de l’extérieur, car cela vient nous surprendre. « Tiens, tiens, je parle de ça, étonnant! », ou encore ces souvenirs qui émergent sans qu’on les convoque. Cela présage de belles surprises et une toujours une meilleure connaissance de soi.

    • Olivia

      La liberté est totale dans l’écriture 😃, c’est ce que j’adore 😍. D’ailleurs certains romans jouent habilement de ce doute réalité et fiction. Mais l’écrivain lui sait….

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