Un homme écrit une lettre non envoyée
Défi j'écris tous les jours

Défi J’écris tous les jours – 4e jour – Les lettres non envoyées

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J’attends de croiser une consigne dans ma vie pour me lancer dans mon défi. Cela vient en général assez vite.

Je souhaite effectivement que la consigne d’écriture thérapeutique vienne de l’extérieur pour ne pas risquer de la créer pour un texte que je voudrais écrire, mais au contraire, je veux être saisie par la consigne comme on l’est en atelier d’écriture.

Bingo ! Hier, une patiente me dit : « J’ai décidé d’écrire une lettre à ma maîtresse d’école. » J’avais ma consigne. Quelle riche idée! Je propose donc cette consigne : Écrire une lettre à l’une de ses maîtresses d’école, ou à l’un de ses maîtres.

C’est une consigne intéressante car elle nous plonge dans notre enfance et en particulier dans ce temps de scolarité qui a pris une place importante dans notre vie et notre construction.

Écrire une lettre à ma maîtresse (ou à mon maître) d’école

CM1, CM2. Première pensée, je ne me souviens pas de mes maîtresses. Vrai et faux. Je me souviens d’un maître.

Drôles de mots, maîtres et maîtresse. « Professeur des écoles », dit-on aujourd’hui. Sauf que les enfants continuent de les appeler ainsi. Ce petit mot qui dit combien cette personne est importante dans la vie d’un enfant.

Deux ans donc. Un maître qui s’appelait Ravel et ressemblait comme deux gouttes d’eau à l’humoriste Laurent Magdane. Il était joueur, toujours le sourire aux lèvres. Petite école du village de Saint-Paul de Vence. On était tous ou presque des enfants d’artistes. Nos parents avaient pour la plupart une galerie d’art ou un atelier. Peut-être est-ce que je grossis le fait parce que ma mère avait une galerie et que je me suis liée à d’autres enfants dont les parents étaient artistes.

Je me souviens aussi qu’on était tous peu brillants à l’école et que ce n’était pas grave, Monsieur Ravel répétait à tout va que nous redoublerions tous la classe de sixième. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé, dans mon cas en tout cas.

Je rêvais en classe, le regard rivé à la fenêtre. Je répondais à côté quand il m’interrogeait. Rien ne semblait grave et pourtant il tentait toujours de remotiver, d’accompagner. Il habitait la maison accolée à la nôtre et par la fenêtre demandait si j’avais fait mes devoirs. École insolite pour enfants aux vies décalées. De beaux souvenirs ! Étonnant vu l’échec de ma scolarité jusqu’au lycée. Ce sont des souvenirs bien remaniés sans doute, car ma mère dit qu’en fin de CM2, il lui a dit qu’il ne savait pas ce que je pourrais faire dans la vie tant les difficultés étaient importantes.

« J’aurais voulu lui dire que tu étais à présent psychologue », me répète-t-elle souvent, ce qui prouve à quel point elle a été blessée par ce triste pronostic et combien elle avait tout de même foi en moi au-delà de toutes ces difficultés.

Je lui écris pour le lui dire :

Cher Monsieur Ravel,

Je ne me souviens plus de votre prénom que j’aurais pourtant voulu utiliser dans cette lettre. Je suis Olivia, j’ai été votre élève pendant deux ans lorsque j’avais 9 et 10 ans. Je voulais vous dire aujourd’hui que j’ai dépassé mes difficultés scolaires le jour où j’ai compris que je travaillais pour mon propre avenir, cela a pris du temps et j’ai dû attendre d’avoir 16 ans pour cela.

Bien que vous vous soyez inquiété pour moi, je ne vous en veux pas, car il y avait de quoi. Je n’arrivais pas à me connecter au savoir, à être vraiment dans la classe, peut-être parce qu’à la maison on disait que dans la famille personne n’avait eu son bac.

Je vous remercie d’avoir souri, ri avec nous et pas contre nous, d’avoir été si présent. Juste avant ces années de collège qui furent longues avec les deux redoublements dont j’avais besoin pour avoir le temps de grandir, cette douceur m’a fait du bien. Merci donc pour ça.

J’espère, Monsieur Ravel, que j’ai été une élève agréable, je ne me souviens pas bien, je sais seulement que j’étais maladivement timide et que cela ne devait pas être très facile de m’aider à être là tant j’avais envie d’être ailleurs.

Merci donc Monsieur Ravel pour ces deux douces années dans cette jolie petite école fleurie de glycines que nous mangions en cachette.

J’espère que vous vivez encore ; quarante années sont tout de même passées et que la vie vous est aussi douce que cette petite école le fut.

Olivia

Ce que j’ai ressenti en écrivant

Emportée par les souvenirs, j’en ai oublié la consigne, j’ai voyagé dans le passé avec l’envie irrésistible de les raconter, puis je me suis souvenue qu’il s’agissait d’écrire une lettre.

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Je me suis rendue compte que j’étais aussi plus emportée par des souvenirs positifs que négatifs alors que j’ai eu une scolarité plutôt difficile. Est-ce du refoulement ? Un mécanisme de protection ? Ou une positivité naturelle à regarder plutôt le verre à moitié plein ?

Les lettres sont-elles thérapeutiques ?

Dans un monde où la communication instantanée et les échanges numériques prédominent, l’art de la correspondance manuscrite semble appartenir à une époque révolue. Pourtant, l’écriture de lettres détient un pouvoir unique, souvent sous-estimé : celui de la thérapie.

La lettre, par sa nature même, invite à une introspection profonde. Elle nous permet de nous exprimer librement, sans interruption ni jugement immédiat. Cet espace de liberté offre une opportunité de clarifier nos pensées et sentiments, un processus essentiel pour l’auto-compréhension et la guérison émotionnelle.

Un pont vers l’introspection et l’expression

L’acte d’écrire une lettre, qu’elle soit adressée à une autre personne ou à soi-même, est en soi un acte thérapeutique. Cela demande de prendre du recul, de réfléchir à ce que l’on ressent et à ce que l’on souhaite communiquer. Cette démarche introspective peut révéler des émotions et des pensées jusqu’alors non explorées ou mal comprises.

Dans le cadre de la psychothérapie, l’écriture de lettres peut être utilisée comme un outil puissant. Elle aide les individus à traiter des événements traumatisants, à exprimer des sentiments refoulés ou à améliorer les relations avec les autres.

Par exemple, écrire une lettre à une personne avec laquelle on a un conflit non résolu (même si cette lettre n’est jamais envoyée) peut aider à clarifier et à organiser ses pensées et émotions, conduisant à une meilleure compréhension de la situation et de ses propres réactions.

Ecrire une lettre thérapeutique

La Lettre : Un moyen de guérison

La lettre offre également un moyen de libération émotionnelle. L’acte d’écrire sur papier ce qui nous pèse peut être perçu comme un moyen de transférer les émotions négatives hors de soi, facilitant ainsi un processus de guérison. Cela peut être particulièrement efficace pour ceux qui ont du mal à exprimer leurs émotions verbalement.

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De plus, l’écriture de lettres peut aider à créer un sentiment de clôture dans certaines situations. Par exemple, écrire une lettre d’adieu à un être cher décédé ou à une période de vie révolue peut aider à accepter et à faire le deuil de ces pertes.

Vers une pratique plus répandue

Dans le domaine de la psychologie clinique, l’écriture thérapeutique, y compris l’écriture de lettres, gagne en reconnaissance. Les thérapeutes encouragent de plus en plus leurs patients à explorer cette forme d’expression comme un complément à la thérapie traditionnelle.

Les lettres offrent un espace unique pour l’exploration de soi, la libération émotionnelle, et le traitement des expériences de vie difficiles. À une époque où la communication est souvent rapide et superficielle, l’écriture de lettres se présente comme une pratique profonde et réfléchie, ouvrant la voie à une guérison personnelle.

Conclusion et invitation à l’action

En rédigeant cette lettre à Monsieur Ravel, j’ai réalisé combien l’écriture peut être libératrice et thérapeutique. Chacun de nous a dans son passé des personnes qui ont laissé une empreinte, positive ou négative. Les écrire, c’est les reconnaître, leur donner une place dans notre histoire et parfois, trouver une paix intérieure.

Je vous invite donc à prendre un moment pour vous-même, à choisir une personne qui a marqué votre vie – un enseignant, un ami, un membre de la famille, ou même une version plus jeune de vous-même – et à lui écrire une lettre.

Que vous choisissiez de l’envoyer ou non, cet exercice est un puissant moyen d’exploration et de guérison. Je serais ravie de lire vos expériences si vous souhaitez les partager. Avez-vous déjà écrit une lettre de ce type ? Qu’avez-vous ressenti ? Votre lettre a-t-elle été envoyée ou est-elle restée un dialogue intime entre vous et vos pensées ?

Partagez vos histoires en commentaires, elles pourraient inspirer et aider d’autres lecteurs dans leur propre voyage thérapeutique par l’écriture.

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L’écriture est un pont entre nos mondes intérieurs et extérieurs, et parfois, le simple fait de mettre des mots sur papier peut être le pas le plus important vers la compréhension et la guérison.

Psychologue et écrivain, je partage dans mon site des articles sur l'écriture thérapeutique.

Un commentaire

  • Macha

    Merci pour cette exercice d’écriture auquel je vais m’essayer.

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