autobiographie
Epanouissement personnel,  L'écriture thérapeutique
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Du journal intime au livre : un passage qui ne va pas de soi

Il y a des personnes qui écrivent depuis longtemps.
Pas pour publier.
Pas pour faire œuvre.
Pas même toujours avec l’idée très claire d’« écrire ».

Elles écrivent parce que quelque chose, à l’intérieur, a besoin de passer par là. Parce que les mots, couchés sur le papier ou sur l’écran, permettent de tenir, de déposer, de relier ce qui, autrement, resterait diffus, encombrant, parfois douloureux. L’écriture devient alors un geste régulier, parfois quotidien, parfois plus irrégulier, mais toujours nécessaire, comme un appui discret sur lequel on s’autorise à s’appuyer pour continuer à avancer.

Les carnets s’accumulent.
Des pages entières se remplissent.
Des fragments se répètent, se transforment, reviennent autrement.

Et pendant longtemps, cela suffit.

L’écriture n’a pas besoin d’autre chose qu’elle-même. Elle n’a pas besoin d’être montrée, ni organisée, ni pensée comme un ensemble. Elle est là pour contenir, pour soutenir, pour permettre à la vie psychique de circuler sans se figer.

Puis, parfois, quelque chose bouge.
Pas toujours clairement.
Pas toujours durablement.

Une question apparaît, souvent à bas bruit. Une pensée furtive. Une hésitation. Et si ces textes pouvaient devenir autre chose ? Et si, un jour, ils pouvaient faire livre ?

Ce moment-là est rarement net. Il ne s’impose pas comme une évidence. Il n’est pas toujours accompagné d’un désir franc, assumé, stable. Il ouvre plutôt un espace de flottement, une zone intermédiaire dans laquelle le besoin de journal intime reste très présent, tandis qu’un désir de livre apparaît de façon fragile, intermittente, parfois contradictoire.

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C’est précisément là que le passage ne va pas de soi.

Le journal intime : écrire parce qu’il le faut

Le journal intime répond rarement à un désir.
Il répond à un besoin.

Un besoin psychique, souvent ancien, parfois vital, qui ne se formule pas toujours consciemment mais qui se fait sentir très clairement dès lors que l’on tente de s’en passer. Écrire devient alors une manière de maintenir une continuité intérieure, de déposer ce qui déborde, de donner une forme minimale à ce qui, sans cela, resterait trop confus ou trop envahissant.

Dans le journal, on n’écrit pas pour transmettre.
On écrit pour tenir.

Il n’y a pas d’adresse extérieure. Pas de lecteur à imaginer. Pas de cohérence globale à construire. Les contradictions ont droit de cité. Les répétitions aussi. On peut revenir cent fois sur la même scène, la même relation, la même question, sans que cela pose problème. Le journal n’exige ni progression, ni résolution, ni clôture.

Il offre un espace où l’écriture peut rester réversible. Où l’on peut barrer, reprendre, contredire, abandonner une page sans avoir à en rendre compte. Cette réversibilité est précieuse. Elle protège. Elle permet à l’écriture de rester un lieu de soutien direct, sans mise à distance excessive.

Pour certaines personnes, ce besoin de journal intime dure longtemps. Parfois toute une vie. Ce n’est pas une écriture « en attente ». Ce n’est pas un brouillon de livre. C’est une écriture qui remplit pleinement sa fonction.

Écrire beaucoup ne signifie pas vouloir faire un livre

Il existe une croyance tenace selon laquelle écrire beaucoup, écrire régulièrement, écrire en profondeur, impliquerait nécessairement un désir de publication, comme si toute écriture devait, tôt ou tard, trouver sa légitimité dans la forme du livre.

Cette croyance est source de nombreuses confusions.

On peut écrire intensément sans vouloir faire livre. On peut éprouver un besoin profond d’écrire sans avoir le moindre désir de transmission. Et ce choix — ou plutôt cette nécessité — mérite d’être respecté.

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Le journal n’est pas une étape vers autre chose. Il n’est pas une phase immature de l’écriture. Il est un lieu à part entière, avec sa logique propre, sa temporalité, ses règles implicites. Vouloir le transformer en livre sans interroger sa fonction revient souvent à déplacer l’écriture trop vite, au risque de fragiliser ce qu’elle soutenait jusque-là.

Quand un désir de livre apparaît malgré tout

Il arrive cependant que, même lorsque le journal intime reste nécessaire, un désir de livre apparaisse. Mais ce désir est rarement simple.

Il peut surgir par moments, puis disparaître. Il peut être alimenté par le regard des autres, par une remarque, par une injonction sociale plus ou moins explicite. Il peut se confondre avec un désir de reconnaissance, de légitimation, de réparation symbolique. Ou bien il peut émerger de manière plus intime, comme l’impression que certains textes pourraient, peut-être, tenir au-delà de soi.

Ce désir est souvent fragile.
Ambivalent.
Parfois contradictoire.

Il coexiste avec le besoin de journal intime, sans nécessairement le remplacer. Et c’est là que la tension se crée.

Car faire livre suppose un déplacement important. Il ne s’agit plus seulement d’écrire pour contenir, mais d’accepter que le texte devienne un objet séparé, doté d’une forme propre, d’une cohérence minimale, d’une logique qui ne dépend plus uniquement de l’expérience immédiate de celui ou celle qui écrit.

Cela implique des choix.
Et donc des renoncements.

Renoncer à tout dire. Renoncer à tout garder. Renoncer à la réversibilité du journal. Renoncer, aussi, à la protection que procure l’absence d’adresse.

Pour certaines personnes, ce renoncement est possible. Pour d’autres, il est prématuré. Et parfois, il n’est tout simplement pas souhaitable.

Le conflit intérieur : garder ou transmettre

Au cœur de cette question se trouve souvent un conflit discret mais puissant.

D’un côté, le journal intime continue de remplir une fonction essentielle. Il soutient, il protège, il permet de rester au plus près de l’expérience sans exposition ni séparation. De l’autre, un désir de livre tente parfois de se frayer un chemin, sans être suffisamment solide pour s’imposer.

Ce conflit n’est pas pathologique.
Il est structurant.

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Il dit quelque chose de la complexité du rapport à l’écriture, de ce qu’elle soutient, de ce qu’elle risque aussi de perdre dans le passage à une autre forme. Le forcer, le trancher trop vite, revient souvent à créer une violence inutile, qui peut se traduire par un blocage, une perte du désir d’écrire, voire un arrêt complet.

Le passage n’est ni une obligation ni un progrès

Il est important de le rappeler : passer du journal intime au livre n’est pas un progrès. Ce n’est pas une évolution naturelle. Ce n’est pas une finalité obligatoire.

C’est un déplacement de fonction.

Certaines écritures ont besoin de rester longtemps, parfois toujours, dans l’intime. D’autres trouvent, à un moment donné, la possibilité de devenir transmissibles, parce que la fonction de l’écriture s’est déplacée, parce que le besoin de journal s’est apaisé, ou parce qu’un désir de livre a pu se stabiliser sans mettre en danger l’équilibre psychique.

Il n’y a pas de règle générale.
Il n’y a que des parcours singuliers.

Clarifier avant de décider

Avant de se demander comment faire un livre, il est souvent plus juste de se demander à quoi sert l’écriture aujourd’hui. Ce qu’elle soutient. Ce qu’elle protège. Ce qu’elle permet de maintenir vivant.

Parfois, reconnaître pleinement le besoin de journal intime suffit à apaiser la tension. Parfois, au contraire, cette clarification permet au désir de livre de se préciser, de se détacher d’autres attentes, de devenir pensable sans effraction.

Dans tous les cas, il ne s’agit pas de forcer un passage, mais de l’écouter.

Conclusion

Le passage du journal intime au livre ne va pas de soi parce qu’il ne s’agit pas d’un simple changement de forme, mais d’un déplacement profond de la fonction de l’écriture.

Entre le besoin de journal et le désir de livre, il n’y a ni continuité évidente, ni hiérarchie naturelle, mais une tension à habiter, à respecter, à interroger avec lenteur.

Il n’y a pas d’urgence à faire livre.
Il n’y a pas d’obligation à transformer ses écrits intimes en projet publié.

Il y a, en revanche, un enjeu essentiel : comprendre ce que l’écriture fait, aujourd’hui, pour celui ou celle qui écrit, avant de décider ce qu’elle pourrait devenir.

Ces questions — sur la fonction de l’écriture, sur le besoin et le désir, sur le moment juste — sont celles que je proposerai d’explorer lors d’une masterclass gratuite, le 29 janvier, comme un temps de clarification, avant toute décision.


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Psychologue et écrivain, je partage dans mon site des articles sur l'écriture thérapeutique.

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