Commencer un récit autobiographique
Autobiographie

Par où commencer quand on veut écrire son histoire ?

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Il y a une phrase que l’on prononce souvent quand un projet autobiographique commence à se former :

“J’aimerais écrire mon histoire.”

La phrase paraît simple. Elle est même très belle. Elle contient un désir de transmission, de compréhension, parfois de réparation. Elle dit qu’une vie ne veut pas seulement avoir été vécue, mais qu’elle demande aussi, peut-être, à être reprise, regardée, mise en forme.

Mais très vite, cette même phrase peut devenir vertigineuse.

Écrire son histoire, d’accord. Mais par où commencer ? Par la naissance ? Par l’enfance ? Par les parents ? Par le moment où tout a basculé ? Par ce qui fait encore mal ? Par ce que l’on voudrait transmettre ? Par ce que l’on n’a jamais osé dire ?

Plus on y pense, plus le projet semble immense. Une vie entière ne tient pas dans une page. Elle ne tient même pas dans un livre. Elle déborde de toutes parts : les lieux, les visages, les événements, les blessures, les silences, les choix, les renoncements, les départs, les fidélités, les liens, les secrets de famille, les gestes minuscules qui ont compté plus qu’on ne l’avait compris sur le moment.

Alors beaucoup de personnes attendent.

Elles attendent d’avoir plus de temps, plus de recul, plus de clarté. Elles attendent d’avoir trouvé le bon plan, le bon début, la bonne forme. Elles attendent de savoir exactement ce qu’elles veulent dire avant d’oser commencer à écrire.

Mais un projet autobiographique ne commence pas toujours par une grande architecture.

Il commence souvent par une porte d’entrée.

On ne commence pas forcément par le début

Quand on veut écrire son histoire, on croit souvent qu’il faut commencer par le commencement.

La naissance. La maison d’enfance. Les parents. Le premier souvenir. La généalogie. Le décor initial.

Cela peut fonctionner, bien sûr. Certaines histoires demandent à être reprises depuis leur origine, parce que le fil de l’enfance, des générations, des lieux ou des transmissions est essentiel.

Mais ce n’est pas une obligation.

Le début chronologique n’est pas toujours le vrai début du texte.

Parfois, le vrai début se trouve beaucoup plus tard. Dans une scène que l’on n’oublie pas. Dans un départ. Dans une rencontre. Dans une phrase entendue un jour. Dans une rupture. Dans une chambre d’hôpital. Dans une gare. Dans un repas de famille. Dans une décision que l’on a prise sans comprendre encore qu’elle changeait quelque chose.

On peut avoir vécu cinquante, soixante ou soixante-dix ans, et sentir que le texte commence à un endroit très précis : non pas parce que tout commence là, mais parce que quelque chose, là, devient lisible.

Écrire son histoire ne signifie donc pas forcément dérouler sa vie dans l’ordre.

Cela peut consister à chercher le point où une question apparaît.

Pourquoi suis-je partie ?
Pourquoi ai-je accepté cela si longtemps ?
Qu’est-ce que je n’ai pas compris à l’époque ?
Qu’est-ce qui, dans mon enfance, continue de parler dans ma vie d’aujourd’hui ?
Qu’est-ce que je voudrais transmettre avant qu’il ne soit trop tard ?
Qu’est-ce que je veux sauver de l’oubli ?
Qu’est-ce que je peux enfin regarder autrement ?

Ce n’est pas toujours le premier événement qui ouvre un récit. C’est souvent le premier endroit où une nécessité d’écriture se fait sentir.

Ne pas confondre sa vie et son projet autobiographique

Une autre difficulté vient de cette confusion : croire qu’écrire son histoire, ce serait écrire toute sa vie.

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Or on n’écrit jamais toute une vie.

Même dans une autobiographie longue, même dans un récit très ample, il y a toujours un choix. On ne raconte pas tout. On ne garde pas tous les jours, toutes les scènes, toutes les conversations, toutes les personnes, toutes les explications. Il y a forcément une coupe, une orientation, une forme.

Un projet autobiographique n’est pas un inventaire.

Ce n’est pas un dossier complet sur soi-même. Ce n’est pas une archive exhaustive. Ce n’est pas la preuve que chaque événement a bien eu lieu, ni le compte rendu de tout ce qui a été vécu.

C’est une traversée.

On peut écrire autour d’un thème : la honte, l’exil, la maladie, la maternité, la solitude, le travail, la famille, un deuil, une double appartenance, une reconstruction, une enfance particulière, un secret, une relation, un lieu.

On peut écrire autour d’une période : l’adolescence, les années de jeune mère, un moment de rupture, les années d’un métier, les dernières années d’un parent, une période de crise, un temps de recommencement.

On peut écrire autour d’une figure : une mère, un père, une sœur, un enfant, un amour, un professeur, une amie, une personne disparue.

On peut écrire autour d’une question intime : qu’ai-je fait de ce que j’ai reçu ? Qu’ai-je dû taire pour rester aimée ? Qu’est-ce qui m’a tenue debout ? Qu’ai-je transmis malgré moi ? Qu’est-ce qui, dans ma vie, a changé de sens avec le temps ?

Commencer un projet autobiographique, ce n’est donc pas décider immédiatement de tout dire.

C’est commencer à chercher le fil.

Le danger de vouloir tout organiser avant d’écrire

Certaines personnes ne commencent jamais parce qu’elles veulent d’abord avoir un plan parfait.

Elles achètent un carnet. Elles ouvrent un document. Elles font des listes. Elles notent les grandes périodes de leur vie. Elles essaient de classer les souvenirs, les personnages, les dates, les lieux. Elles se disent qu’une fois que tout sera clair, elles pourront enfin écrire.

Mais souvent, plus elles cherchent à tout organiser, plus l’histoire devient lourde.

Le plan finit par ressembler à une montagne.

Il faudrait parler de l’enfance, puis de la famille, puis des études, puis du couple, puis des enfants, puis du travail, puis des séparations, puis des deuils, puis de ce qui n’a jamais été dit. Chaque rubrique en appelle une autre. Chaque souvenir ouvre dix souvenirs. Chaque personne entraîne son propre monde.

Et l’on se retrouve devant une vie entière, au lieu de se retrouver devant une page.

Bien sûr, un cadre est utile. Un projet autobiographique a besoin, à un moment donné, d’être structuré. Mais la structure ne doit pas devenir une manière de repousser indéfiniment l’écriture.

On ne découvre pas toujours le projet avant d’écrire.

Très souvent, on le découvre en écrivant.

Un premier fragment fait apparaître une tonalité. Une scène révèle une question. Un souvenir que l’on croyait secondaire devient central. Une phrase revient plusieurs fois. Un motif se répète : une porte, une table, une valise, une voix, un silence, une attente, une fuite, une maison.

L’écriture autobiographique avance ainsi : non seulement par volonté, mais par reconnaissance progressive de ce qui insiste.

Commencer par une scène plutôt que par une idée

Quand le projet paraît trop vaste, il est souvent plus juste de commencer par une scène.

Pas une idée générale.

Pas “mon enfance”.
Pas “ma relation avec ma mère”.
Pas “ma difficulté à partir”.
Pas “tout ce que j’ai traversé”.
Pas “ce que je veux transmettre”.

Une scène.

Un moment situé.

Quelqu’un entre dans une pièce. Une voiture s’arrête. Une lettre arrive. Une table est dressée. Un téléphone sonne. Une enfant écoute derrière une porte. Une femme descend du train. Un homme ne répond pas. Une valise reste dans l’entrée. Un repas continue comme si rien ne s’était passé. Une phrase est dite, et après elle, quelque chose n’est plus exactement pareil.

La scène a cette force : elle oblige à revenir au concret.

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Où sommes-nous ?
Qui est là ?
Quelle est la lumière ?
Que fait le corps ?
Qu’est-ce qui est dit ?
Qu’est-ce qui ne l’est pas ?
Quel détail, aujourd’hui encore, reste présent ?

Une scène n’a pas besoin d’expliquer toute la vie. Elle peut simplement ouvrir un passage.

Souvent, une scène bien choisie contient déjà beaucoup plus que ce que l’on croyait. Elle porte une place dans la famille, une manière d’aimer, une peur, une honte, une fidélité, une solitude, une injustice, une forme de courage.

C’est pourquoi l’écriture autobiographique gagne souvent à commencer petit.

Non parce que le projet serait petit.

Mais parce que les grandes questions ont besoin de formes précises pour devenir écrivables.

Le premier fil n’est pas toujours le bon, mais il faut un premier fil

Beaucoup de personnes hésitent aussi parce qu’elles craignent de se tromper de point de départ.

Et si je commençais par la mauvaise scène ?
Et si ce n’était pas le vrai sujet ?
Et si j’oubliais quelque chose d’important ?
Et si je m’éloignais de ce que je voulais écrire ?

Mais dans un projet autobiographique, le premier fil n’a pas besoin d’être définitif.

Il a besoin d’être assez vivant pour que l’on commence.

On peut croire que l’on écrit sur sa mère et découvrir que l’on écrit sur le silence. On peut croire que l’on écrit sur un deuil et découvrir que l’on écrit sur la place que l’on a prise très tôt auprès des autres. On peut croire que l’on écrit sur une rupture et découvrir que l’on écrit sur la liberté. On peut croire que l’on écrit pour transmettre à ses enfants et découvrir que l’on écrit d’abord pour se réapproprier une version de son histoire.

Ce déplacement est le travail même de l’écriture.

Le projet autobiographique ne se révèle pas toujours dans la première intention. Il se précise à mesure que certains fragments se répondent. Une scène en appelle une autre. Un détail revient. Un mot insiste. Une époque que l’on croyait secondaire devient décisive.

Il faut accepter cette part de découverte.

Écrire son histoire n’est pas seulement raconter ce que l’on sait déjà de soi. C’est aussi rencontrer ce que l’on ne savait pas encore formuler.

Pourquoi le cadre aide à commencer

Écrire seul face à toute son histoire peut être très impressionnant.

On ne sait pas quoi choisir. On ne sait pas jusqu’où aller. On ne sait pas si l’on écrit pour soi, pour ses proches, pour publier, pour transmettre, pour comprendre, pour déposer. On commence un texte, puis un autre. On abandonne. On reprend. On se juge. On trouve que c’est trop intime, pas assez littéraire, trop confus, trop froid, trop chargé, trop banal.

C’est là qu’un cadre peut aider.

Un cadre ne décide pas à votre place ce que vous devez écrire. Il ne vous enferme pas dans une méthode rigide. Il ne vous impose pas de tout raconter dans l’ordre. Il ne transforme pas une vie en exercice scolaire.

Un bon cadre permet plutôt de réduire l’immensité.

Il propose une consigne, un temps, une direction, une limite. Il permet de ne pas entrer partout à la fois. Il aide à choisir une porte, puis une autre. Il soutient la régularité quand l’élan retombe. Il permet aussi d’être lu avec attention, non pour être jugé, mais pour comprendre ce qui commence à prendre forme dans le texte.

Dans un projet autobiographique, les retours sont importants.

Pas des retours qui corrigent seulement les phrases. Pas des retours qui disent si le texte est “bien” ou “pas bien”. Mais des retours qui aident à entendre ce qui est déjà là : le fil qui apparaît, la scène qui porte plus que prévu, le passage qui reste trop explicatif, le moment où l’écriture devient plus incarnée, la zone qu’il faudrait peut-être approcher autrement.

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Parce que l’enjeu n’est pas seulement d’écrire beaucoup.

L’enjeu est de trouver la forme juste pour une histoire qui compte.

Commencer sans tout raconter

Une peur revient souvent : si je commence, est-ce que je vais devoir tout dire ?

Non.

Commencer un projet autobiographique ne vous oblige pas à tout raconter.

Vous pouvez écrire un fragment sans écrire tout le livre. Vous pouvez écrire une scène sans décider encore si elle sera gardée. Vous pouvez écrire un souvenir sans le montrer. Vous pouvez explorer une période sans savoir si elle deviendra centrale. Vous pouvez écrire plusieurs versions d’un même moment. Vous pouvez passer par la fiction, par la lettre, par le portrait, par le dialogue, par la liste, par le récit, par l’image.

Vous pouvez aussi choisir ce qui restera hors du texte.

Tout n’a pas à entrer dans un projet autobiographique. Certaines choses ont besoin d’être écrites pour soi, mais pas partagées. Certaines scènes demandent du temps. Certaines personnes ne peuvent être approchées que de biais. Certains souvenirs ne sont pas encore prêts à être intégrés dans une forme adressée à des lecteurs.

Écrire son histoire ne signifie pas s’exposer sans protection.

Cela peut au contraire permettre de distinguer ce qui peut être dit, ce qui doit être transformé, ce qui doit rester dans l’intime, ce qui appartient au carnet, ce qui appartient au texte, ce qui appartient peut-être à un travail thérapeutique.

Un projet autobiographique sérieux n’est pas celui qui raconte tout.

C’est celui qui trouve sa nécessité.

Une consigne pour commencer

Si vous sentez que vous aimeriez écrire votre histoire, mais que le projet vous paraît trop vaste, ne commencez pas par faire le plan de toute votre vie.

Choisissez plutôt une scène.

Une seule.

Pas forcément la plus importante. Pas forcément la plus douloureuse. Pas forcément celle que vous raconteriez si l’on vous demandait de résumer votre histoire.

Choisissez une scène qui revient.

Une scène qui vous attend peut-être depuis longtemps. Une scène dont vous gardez une image, une sensation, un détail. Une scène que vous ne comprenez pas tout à fait. Une scène ordinaire, mais qui, pour une raison difficile à expliquer, semble contenir quelque chose.

Écrivez d’abord le lieu.

Puis les personnes présentes.

Puis un détail concret : un objet, une lumière, une odeur, un vêtement, un geste, un bruit.

Ensuite seulement, écrivez ce qui se passe.

Et à la fin, ajoutez cette phrase :

Je ne sais pas encore pourquoi cette scène revient, mais peut-être qu’elle contient…

Laissez la phrase se terminer sans chercher une réponse trop intelligente.

Il ne s’agit pas de tout comprendre.

Il s’agit de commencer à écouter le fil.

Écrire son histoire, c’est accepter de commencer quelque part

Il y a quelque chose de très émouvant dans le moment où une personne commence à écrire son histoire.

Pas parce qu’elle sait déjà ce que deviendra le texte. Pas parce qu’elle a trouvé le bon début. Pas parce qu’elle maîtrise enfin toute la matière de sa vie.

Mais parce qu’elle accepte de ne plus seulement porter cette histoire en elle.

Elle accepte d’en déposer un fragment sur la page. De choisir une première scène. De chercher une forme. De laisser apparaître ce qui, jusque-là, restait peut-être dispersé dans la mémoire, le corps, les conversations intérieures, les silences, les explications données aux autres ou à soi-même.

On ne commence jamais une autobiographie en tenant toute sa vie dans les mains.

On commence avec un fil.

Parfois fragile. Parfois confus. Parfois très simple.

Mais ce fil, si l’on accepte de le suivre, peut peu à peu ouvrir un chemin.

Pour aller plus loin

Si vous sentez que vous aimeriez écrire votre histoire, mais que le projet vous paraît trop vaste, c’est précisément ce que nous travaillons dans Plumes autobiographiques.

Ce parcours s’adresse aux personnes qui souhaitent avancer dans un projet d’écriture autobiographique avec un cadre, un rythme et des retours personnalisés.

Il ne s’agit pas de tout raconter d’un coup, ni de produire immédiatement un récit parfaitement construit. Il s’agit plutôt de trouver une première porte d’entrée, de reconnaître les scènes qui portent quelque chose, de dégager peu à peu un fil, puis de donner une forme à ce qui demande à être écrit.

Dans Plumes autobiographiques, nous travaillons à partir de consignes guidées, de textes envoyés régulièrement, de retours sur vos fragments, et de rencontres en visio pour soutenir le projet dans la durée.

Parce qu’écrire son histoire demande rarement seulement du temps.

Cela demande aussi un cadre suffisamment vivant pour ne pas rester seul face à toute sa vie, et suffisamment souple pour que chacun puisse trouver sa propre forme.

Découvrir Plumes autobiographiques :


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Psychologue et écrivain, je partage dans mon site des articles sur l'écriture thérapeutique.

2 commentaires

  • lightbrieff63c97defb

    Bonjour Olivia ,
    J’ai lu avec beaucoup d attention
    Votre excellente étude sur l écriture
    Autobiographique.
    Je suis restée en retrait depuis un
    Certain temps ; Pour des raisons
    Diverses. Mais je vais bientôt
    Essayer de remettre « Le pied à l étrier »
    Cependant j ai continué et je continue
    A vous lire régulièrement.
    Je reviendrai bientôt vers vous.
    Cordialement
    Nicole

    • Olivia

      Bonjour Nicole,
      Merci pour votre message. Parfois, rester en retrait fait aussi partie du chemin d’écriture. L’important est peut-être de ne pas transformer cette distance en abandon définitif. À très bientôt. Olivia

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